Un soir volé à l’éternité

Connaissez-vous l’histoire du soir volé à l’éternité ? Vous en connaissez des milliers, en avez vécu surement de ces moments qui semblent hors du temps, presque hors-la-loi dans la symphonie bien réglée de l’univers.

Laissez-moi pourtant vous raconter l’histoire de l’un de ces soirs, qui n’a jamais existé, qui demeure un souffle caché au fond de deux âmes réunies en un seul cœur.

Il était une fois… un géant amoureux d’une nymphe.

Fille de l’air et de l’eau, cette nymphe qui s’abîmait dans la contemplation des flots était pourtant effrayée à l’idée de s’y noyer.

Le Géant quant à lui, n’était géant qu’à demi, et donc constamment tiraillé entre sa force surnaturelle qu’il tenait du titan l’ayant engendré et la mortalité que, de sa mère, il avait hérité. Son cœur devenait pierre à l’idée d’un jour retournée à la poussière.

Deux êtres que tout séparait, avaient pourtant en commun une peur incommensurable et inavouée, qui remontait à leurs origines.

Comment un demi-géant dont le cœur à tout instant pouvait se fermer et une nymphe à la beauté diaphane qui semblait n’appartenir à aucun monde en vinrent-ils à s’aimer ? Il semble que l’univers ait de bien étranges dessins. L’histoire raconte qu’un seul regard leur suffit pour comprendre que l’amour serait ce lien qui leur donnerait accès à l’infini.

Un soir près des flots, ils se turent et s’aimèrent devant le couchant.

Pourtant chacun était rappelé à son propre monde. Un instant n’est qu’un instant, même si dans leur cœur ils avaient découvert l’éternité.

Alors, sous les étoiles, d’un baiser, ils se firent la promesse d’un jour laisser leurs esprits se retrouver là où leurs corps étaient empêchés.

Ils se quittèrent avec cette parcelle de temps volée, précieusement gardée au fond de leur cœur, et la certitude que puisque l’autre existait – que la poussière ou les vagues menacent de les emporter -, rien n’était à redouter.

~ Val.